3
Trois
Quelques minutes avant cinq heures cet après-midi-là, deux jeunes filles frappèrent à la porte de l’appartement d’Anna Brackett.
« Excusez-moi, Mdame, dit l’une d’entre elles, est-ce qu’on pourrait avoir un verre d’eau et se servir de votre téléphone? On essaie d’appeler ma mère pour qu’elle vienne nous chercher, et je pense qu’il y a des gars qui nous courent après.
– Bien sûr, les filles. Entrez. » Anna s’écarta, et laissa Cindy et Shirley pénétrer dans le living-room. « Un verre d’eau, tu m’as dit?
– Oui, Mdame. Et le téléphone. » Cindy commença à passer la pièce en revue, scrutant son contenu à la recherche d’indices d’une autre présence. Il était important que la vieille dame vécût seule – ou au moinsfût seule à ce moment précis.
« C’est vraiment un joli appartement. Vous vivez ici toute seule?
– Eh bien, en ce moment, oui. Mmm, je vous montre d’abord où est le téléphone. Après quoi, les enfants, j’irai vous chercher de l’eau. » Elle dirigea son regard vers la seconde fille, qui avait gardé un mutisme complet durant cet échange. « Assieds-toi, ma chérie [1]. » Anna désigna du geste une des deux chaises beiges rembourrées “Naugahyde” [2].
« Je m’appelle Mme Brackett. Et toi?
– Shirley… euh, Melissa. Shirley Melissa, quoi. » Elle hocha la tête et fit un large sourire.
Anna sourit en retour, et montra à la compagne de Shirley le téléphone beige fixé au mur de la cuisine, juste au dessus du bar qui la séparait de la salle à manger. Pendant que Cindy composait son numéro, Anna remplit deux verres d’eau et de glaçons, et en tendit un à Shirley, sagement assise sur sa chaise, et toujours souriante.
« Merci.
– Pas de quoi, chérie. »
Cindy ne tarda pas à raccrocher et se tourna vers Anna et Shirley. « Personne ne décroche », dit-elle en haussant les épaules. « Je peux essayer un peu plus tard, si ça ne vous dérange pas.
– Pas le moins du monde, ma chérie. J’ai mis ton verre d’eau sur le bar, là. Euh… Comment t’appelles-tu?
– Cindy.
– Eh bien, Cindy, viens donc t’asseoir. Il fait plutôt chaud dehors, et ça ne te fera pas de mal de te rafraîchir un peu. »
Cindy avala une gorgée d’eau, remit le verre décoré de fleurs jaunes et vertes sur les carreaux du bar, et s’installa tranquillement sur l’autre chaise de skaï, dans le living. Elle jeta un nouveau coup d’œil autour d’elle.
« Mmmm, alors vous vivez ici seule? » Elle voulait en être absolument sûre. « Vous n’avez pas de mari? »
Anna sourit, et s’installa face à ses deux jeunes visiteuses. « Eh bien, j’ai un mari, mais je crains qu’il ne se sente pas très bien, il est à l’hôpital depuis un bon moment. » Anna avait l’habitude de parler toujours de Jim Wedgeworth comme de son mari, s’épargnant ainsi bien des questions gênantes.
« Qu’est-ce qui ne va pas? » demanda Shirley.
– « Oh, il a un cancer. »
Shirley dit qu’elle était désolée.
« Pas de problème, ma chérie. Mais il est bien malade, et les docteurs ne savent pas… »
Pendant les vingt minutes à peu près qui suivirent, les deux filles et la vieille femme conversèrent ensemble, échangeant des anecdotes sur elles et leurs familles. Anna finit par en raconter un bon bout sur Jim, ainsi que sur leurs voyages et leurs aventures ensemble au cours de toutes ces années; elle parla aussi aux deux filles de ses propres enfants, de ses petits-enfants, de ses arrière-petits enfants, même, et dit quelle joie ils apportaient dans sa vie. Shirley intercalait de nombreux commentaires et histoires personnelles.
Cindy, c’était une autre histoire. Quoiqu’au départ porte-parole du tandem, elle s’était enfermée dans un étrange mutisme, qu’elle ne brisait que rarement, lorsqu’Anna lui posait une question directe. Elle ne paraissait pas nerveuse, ou fâchée – préoccupée seulement.
La sonnerie du téléphone arracha Cindy à son égocentrisme [3], et elle eut un brusque mouvement de tête à l’intention de Shirley. Anna se leva de sa chaise, et se dirigea vers le téléphone.
C’était son fils Carl au bout du fil. « Oh, bonjour, mon fils. » Elle se tut pour écouter, hochant la tête, puis tournant son regard vers la pendule.
« Mmm… Mmm… D’accord… Ça me paraît parfait. » Elle écouta encore, puis sourit dans le combiné : « Salut, Geri. » Il était clair que quelqu’un d’autre avait pris le fil. « Oui, Carl m’a dit. Je pense que ça ira très bien. Je vais vous attendre. » Une autre courte pause, puis Anna dit au revoir, et raccrocha. En regagnant le living, elle expliqua cet appel aux deux filles.
« C’était mon fils, Carl. Sa femme et lui viennent me prendre ici pour aller faire une partie de bingo. »
Cindy se leva. « Combien de temps est-ce qu’il va mettre pour arriver?
– Oh, dans les vingt minutes, je dirais. Ils viennent de Meadow Vista. » C’était un petit village à quinze ou vingt kilomètres vers l’est par l’Inter-états 80.
Cindy se contenta de hocher la tête en silence. Puis elle se tourna lentement vers Shirley, laquelle était toujours tranquillement pelotonnée dans son fauteuil, et lui dit seulement : « C’est le moment.
– Hein? » Shirley semblait interdite.
« C’est le moment de le faire. Maintenant. On le fait maintenant. » Il n’y avait pas à s’y tromper : c’était un ordre. Shirley reconnut le ton immédiatement, et retint son souffle. Les vieilles sirènes d’alarme se mirent à hurler dans sa tête, et tout à coup la pièce et tout son contenu se mirent à tournoyer et à se fondre dans le néant. Elle n’était plus sûre du tout de savoir où elle était, quelle voix lui parvenait, et ce que cette voix lui avait dit de faire.
« Ne reste pas là assise à me regarder! FAIS-LE! »
Inclinant la tête sans dire un mot, Shirley déroula les jambes [4]. Il était temps d’obéir. De faire son boulot.
En un instant elle fut debout près de la vieille femme, stupéfaite et de plus en plus effrayée. Shirley lui saisit le cou, d’une prise qui comprimait les carotides, son bras musclé coupant lentement l’arrivée d’air aux poumons. Les yeux bleu pâle d’Anna s’émaillèrent d’un mélange de terreur et d’une sorte de stupéfaction. Incapable de parler du fait de l’horrible pression sur sa trachée, le seul son qu’elle pouvait produire était le hurlement, dans sa tête.
Shirley, elle aussi, fut d’abord silencieuse, à l’exception de grognements sourds pendant qu’elle essayait de plaquer Anna au sol. Elles étaient à peu près de même taille – Anna était plus lourde, mais Shirley en meilleure forme physique. Bien entendu la terreur d’Anna avait libéré un énorme flot d’adrénaline et d’énergie, mais, face à cette adolescente athlétique, quasi semblable à un robot, elle ne faisait tout simplement pas le poids.
Quelque part à l’arrière-plan, Cindy cria : « Plus fort! Serre-la plus fort! »
Luttant de toutes ses forces, Anna attrapa une poignée de cheveux, mais Shirley, d’une secousse de la tête, lui fit lâcher prise. Anna sentit des ongles éraillés lui griffer le cou, puis un déluge de coups s’abattre sur sa tête et ses bras. La partie inférieure de son râtelier sauta de sa bouche au sol.
Shirley avait toujours l’avant-bras autour de sa gorge, lui écrasant le visage sur la carpette, un genou sur l’omoplate [5].
« J’vais t’tuer… t’tuer… t’tuer… » répétait-elle encore et encore.
Cindy arracha le téléphone du mur, puis se mit à farfouiller dans la cuisine. Au bout d’un moment, elle revint avec un petit couteau à la main. On aurait dit un couteau à steak, ou à éplucher, dont on pourrait se servir pour couper une pomme en quartiers. « Tiens! » aboya-t-elle, et elle le lança à Shirley. Il atterrit lame la première dans sa main ouverte et y fit une égratignure. Elle ne sentit rien.
Tout ce qu’elle ressentait, c’était l’impérieux besoin de laisser libre cours au poison qui fermentait [6] dans ses profondeurs, de faire souffrir quelque chose, de punir quelque chose. Elle sourit, du même sourire qu’elle avait vu cent fois, voire mille peut-être, sur le visage de son père. Agrippant le couteau comme un talisman, elle arqua légèrement son bras [7] et l’abattit sur le dos d’Anna. La fille eut un soubresaut presque imperceptible [8] quand la lame trancha la peau, puis la chair rose et molle.
Le tapis et la prise de Shirley étouffèrent le cri de douleur de la femme; mais tout à coup elle commença à se tordre comme un serpent, déséquilibrant la fille et la forçant à relâcher momentanément son étreinte. Cherchant son souffle, incapable d’extraire d’elle plus qu’un gémissement, Anna se dressa sur les genoux, pendant que Shirley s’efforçait en vain de réassurer sa prise. Cindy se rendit compte qu’elles pourraient avoir de sérieux ennuis si la femme commençait à crier ou réussissait à passer la porte. Balayant la pièce du regard, elle repéra, sur le fauteuil que Shirley avait occupé, une grosse brosse de plastique. Se déplaçant comme une panthère, elle empoigna l’objet, et se tourna lestement vers sa proie.
« Désolée, Madame », dit-elle en souriant sans humour; et, du manche, elle frappa à plusieurs reprises le crâne d’Anna, du côté gauche. La matraque improvisée faisait des “ploc” mous à l’impact, et Anna tomba au sol de nouveau. En un instant Shirley l’y cloua derechef du genou, et se mit à percer et tailler avec une énergie renouvelée.
Mais si Anna Brackett était quelque chose, c’était une lutteuse. Elle avait lutté contre le cancer, et elle avait vaincu; elle avait lutté contre la crise cardiaque, et elle avait vaincu; elle avait lutté contre la pauvreté, le désespoir, le chagrin qui vous broie l’âme, et elle avait vaincu. Elle avait recouvré un peu de son souffle, mais quand elle parla, il ne sortit guère plus qu’un âpre et rauque chuchotement : « Vous n’allez pas vous en tirer comme ça », haleta-t-elle. « Vous ne pouvez pas faire une chose pareille et vous en tirer. »
Shirley continua à la poignarder, espérant la faire taire.
Cindy, dans sa folle quête d’un flingue à travers la maison, entendait elle aussi les cris étouffés d’Anna, et ils la crispaient tout autant que sa compagne. Il fallait trouver un moyen pour fermer la bouche de cette vieille bique, et vite. Fouillant fébrilement la commode de la chambre à coucher, elle en tira une chemise de nuit en nylon bleu clair : revenant à toute allure dans le living, elle la jeta à Shirley : « Fourre-lui ça dans la bouche! »
Shirley [9] fit ce qu’on lui disait. Et puis elle essaya de poignarder encore Anna, mais quelque chose n’allait pas. Elle regarda le couteau, au creux de sa main, et écarquilla les yeux de surprise. Quand l’image devint nette [10], elle s’avisa que la lame était tordue à quatre-vingt dix degrés. Elle la jeta, écœurée : « Eh, cria-t-elle, il est cassé! Trouve-moi quelque chose de mieux! Et tu ferais bien de te grouiller! » Elle craignait qu’Anna, qu’elle sentait encore bouger et respirer, ne trouve un second souffle et ne recommence à faire l’idiote.
Cindy se précipita de nouveau dans la cuisine, et reprit sa fouille frénétique des tiroirs. Elle réapparut avec un sourire victorieux, et un grand couteau de boucher à poignée noire. La lame était longue d’au moins vingt centimètres.
Shirley ramassa le couteau sur le sol, là où Cindy l’avait jeté, et reprit son monstrueux boulot. Elle frappa Anna encore et encore, avec sur le visage cet étrange sourire de zombie. Une ou deux fois elle sentit l’épaisse lame s’enfoncer dans le dos de la femme, mais la plupart du temps elle n’avait aucune conscience de la profondeur des blessures qu’elle infligeait. Tout ce qu’elle savait, c’est que l’acte qu’elle perpétrait lui procurait quelque part un immense dégagement, un peu semblable à un orgasme. En dépit des pensées bizarres qui suintaient par les crevasses et les noirs ravins de son esprit, elle commençait à se sentir mieux. Bien mieux. C’était si bon de tout lâcher enfin : toute la colère, la souffrance, la haine, l’humiliation, tout. À chaque coup, elle se sentait plus libre. Chaque fois que la lame pénétrait dans la chair, Shirley se fixait davantage sur le pouvoir qu’elle détenait : elle menait le jeu, elle était la Libératrice [11].
Elle se souvenait d’avoir lu quelques livres sataniques – des “livres du diable”, comme elle les appelait – qui décrivaient diverses façons de tuer les gens, et diverses façons de vérifier s’ils étaient morts. La voix dans sa tête lui rappela ce qu’elle avait lu : une personne ne met que vingt secondes à mourir quand on lui a coupé la gorge. Obéissant à la voix, elle plongea mécaniquement la lame du couteau dans la chair tendre du cou d’Anna, juste sous l’oreille droite, du côté où la tête était tournée vers le tapis.
« Je meurs » dit Anna, d’une voix à peine audible.
« Bon! » Sirley cracha le mot comme du poison.
Et puis il n’y eut plus rien.
« Elle est morte? » Cindy rentra dans la pièce, portant quelque chose à la main.
« Ouais, je pense. Y a du sang qui sort de la bouche et du nez. » C’était un autre truc qu’elle avait lu dans le bouquin. Un autre moyen de dire si quelqu’un était mort.
Cindy se pencha pour voir de plus près et secoua violemment la tête : « Non, elle vit toujours : je la vois respirer! » Le dos trempé de sang d’Anna se soulevait encore et s’abaissait imperceptiblement. Cindy arracha le couteau à Shirley, et le planta encore deux ou trois fois dans le cou et le flanc d’Anna. Puis elle s’agenouilla et lui prit le pouls. Rien. Et la vieille avait aussi cessé de respirer, pour autant que Cindy pût dire.
Pendant un moment les deux bourreaux ne purent détacher leurs yeux du corps qui gisait sur le tapis, regardant le filet de sang visqueux qui coulait de la bouche d’Anna et commençait à se figer sur le sol. S’il s’était trouvé un observateur sur place pour enregistrer tout cela, une chose l’aurait frappé plus que tout le reste : la stupéfiante indifférence de ces deux êtres qui sortaient à peine de l’enfance, face à l’horreur de ce qu’elles venaient de faire. D’un bout à l’autre de cette expérience ruisselante de sang, pas un seul moment de regret, de dégoût, pas un haut-le-cœur, pas un tremblement le la main – non, pas même à présent que tout était fini.
C’était comme si l’acte n’avait aucune signification pour elles, aucun rapport avec leur essence. Elles avaient tué, non par pitié, par devoir, par peur ou même par amour, mais par quelque chose qui gisait en elles, de si sombre, de si mauvais qu’on ne pouvait même pas lui trouver de nom.
Et à présent de petits sourires jouaient aux commissures de leurs lèvres.
Cindy restitua à Shirley le couteau ensanglanté, et, d’une enjambée, atteignit le sac blanc d’Anna, sur le plancher, à côté de la chaise qu’elle avait occupée. Elle [12] en vida en vrac le contenu sur la chaise, se saisissant d’un trousseau de clefs et d’un portefeuille.
« Foutons le camp d’ici. » Elle ouvrit la porte de devant avec prudence, vérifiant s’il n’y avait personne à proximité, ou en train d’épier. « Allez, viens », et se mit à trotter en direction du garage. Shirley la suivit, claquant la porte derrière elle; puis elle piqua un sprint, dépassa sa copine, et atteignit la première la vieille Dodge marron qui, savaient-elles, appartenait à Mme Brackett. La portière passager étant fermée, elle sauta par-dessus le capot, et grimpa côté conducteur, tout en fourrant derrière le siège le couteau de boucher et le chiffon qu’elle avait pris pour s’essuyer les mains. Peux pas laisser traîner ce couteau dans la maison de la vieille. Y a mes empreintes dessus. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’elle avait laissé également ses empreintes sur la porte, le verre d’eau où elle avait bu, et le couteau à éplucher qu’elle avait laissé sur le sol à côté du corps.
Cindy monta dans la voiture à côté de Shirley, et mit le contact. Ou plutôt, essaya : elle eut beau la tordre et la tourner en tous sens, la clef n’entra pas. Avec un sentiment croissant de frustration et de peur, elle essaya toutes les clefs du trousseau, même celles qui, elle le savait, n’étaient pas des clefs de voiture.
Maudissant le fantôme d’Anna, elle rouvrit coléreusement la portière, et jeta vers Shirley les clefs inutiles. Il était clair qu’elles n’iraient nulle part dans cette voiture. Elle se mit à courir le long de l’allée de derrière vers la grand-route, distante de quelques pâtés de maisons.
Shirley ramassa distraitement les clefs, les fourra dans sa poche, et, inquiète d’avoir été plantée là, détala à son tour derrière son amie. « Hé », souffla-t-elle en la rattrapant, « on s’arrête à la piscine pour reprendre notre fourbi?
– Ouais, d’accord », grommela Cindy, bifurquant rapidement dans une autre allée qui menait au côté sud de la piscine. Elles couraient encore quand elles atteignirent le petit tas que formaient leurs affaires, à côté de la clôture. L’endroit était à présent désert, et en rassemblant leurs effets, les deux filles souriaient. Respirant bruyamment, Cindy se tourna vers Shirley et fixa ses yeux noirs quelques secondes. Et puis, de nouveau, un grand sourire éclata sur son visage.
« Quel pied! [13]
– Ouais, le vrai pied!
– Allez, viens. On va descendre l’autoroute. »
Descendre l’autoroute? pensa Shirley, mal à l’aise. Je pensais que j’allais retourner à la maison, à Placerville. Il n’y avait aucun doute dans son esprit : on n’allait pas à Placerville en descendant l’autoroute. En fait, il n’y avait même pas besoin de la prendre pour y aller. Oh, bon, se dit-elle. Un jour ou l’autre, je reviendrai à la maison. Pour le moment, je vais rester avec Cindy, parce qu’elle et moi on est amies. Les meilleures amies.
À ce moment-là, les deux filles se connaissaient depuis sept heures en tout et pour tout.
[1] honey, et plus loin, dear. Pas une affaire d’état, mais mon chou, mon cœur et ma poule sont d’une trivialité rédhibitoire; ma petite n’est pas “aimant”; ma puce ne convient qu’à une fillette, ma douce suppose une certaine intimité. Mon petit chou? Il est d’autant plus agaçant de se faire des nœuds au cerveau que c’est le manque de relief de honey dont on cherche un équivalent.
[2] Une marque, apparemment, dont je n’avais lu mot avant la minute précédente. Bien incapable de dire cexa apporte à l’histoire. Un traducteur consciencieux y serait sans doute allé voir. Mais je suis tellement sûr que la réponse est : rien!
[3] self-absorption, traduction du Collins. Je vois mal en quoi Cindy seraitarrachée à son égocentrisme, qui se révélera inchangé. Il ne s’agit pas non plus d’introspection, ni d’auto-fascination, ni même de rêverie : Cindy n’est pas fascinée par elle-même, elle a un projet, qui est devenu une idée fixe. L’auteure veut-elle dire que la sonnerie du téléphone fait affluer le monde réel dans la pensée protégée de la fille? Je suis bien bon de me casser la tête.
[4] uncoiled, et non unfolded : je suppose que c’est voulu, mais peut-êtremoins étrange en anglais…
[5] Les trois ensemble, comme acrobatie, c’est du très haut niveau! Parfois ça vous démange de corriger.
[6] the septic venom churning deep within her : le poison septique me plairait assez, mais ce n’est pas le moment de rigoler, et je doute que l’association des deux mots soit aussi bizarroïde en français qu’en anglais.
[7] swung her arm up in a slow arc : je subodore un contresens. Qu’est-ce qu’un slow arc? Décidément, Google ne peut se substituer à un bon dico.
[8] The girl gave a barely perceptible jerk as the blade sliced through Anna’s skin: c’est plutôt à la lame sans doute qu’elle donne une secousse presque imperceptible.
[9] Je garde à peine un “Shirley”, un “Cindy” et un “Anna” sur deux. D’évidence la traque des répétitions ne fait pas partie des impératifs stylistiques de l’auteur.
[10] When her eyes focused : textuellement, sauf erreur, “quand ses yeux firent l’accommodation”, ou “la mise au point”, ou kekchose de ce genre, ce qui paraît un peu bête, car les yeux font ça tout seuls. La cervelle en revanche met parfois un moment à réaliser “ce qu’elle a devant les yeux”.
[11] Hâtif et à revoir. Mais the power of being so much in control, à première vue, sonne bigrement tautologique.
[12] she… She : même ambiguïté dans le texte. Un “celle-ci” possible pour le premier.
[13] Exécrable traduction de “What a kick!” mais je ne vois pas mieux. Toute la différence entre “prendre son pied” et “recevoir un coup de pied”, même si c’est celui du plaisir. Mais il y a plus que le plaisir dans ce kick : il y a l’énergie reçue, la surprise qui réveille… À la limite, je trouverais « quelle claque » ou « quelle pêche » plus satisfaisants, « quelle bourre » étant inusité. Mais à suivre : il me semble avoir le mot juste sur le bout de la langue…