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Myshelf

4

27 Juillet 2015, 06:24am

Publié par Narcipat

Quatre

 

 

  Le soleil déclinait [1] lorsque Carl Brackett, sur l’autoroute, tourna vers Auburn Greens pour la seconde fois de l’après-midi. Sa femme et lui s’étaient déjà arrêtés face au modeste logement de sa mère dix ou quinze minutes plus tôt, mais elle n’était pas sortie à leur rencontre comme d’habitude.

Puisqu’ils étaient de toute façon en avance – Anna ne les attendait pas avant six heures, et il était seulement moins le quart, à peu près – Carl décida de lui laisser quelques minutes de plus, le temps d’aller avec Geri prendre des nouvelles de Jim Wedgeworth, le compagnon d’Anna, à l’hôpital [2], quelques blocs [3] plus loin. Il avait été question de l’y emmener, mais Jim était si malade que Carl pensa qu’il serait trop dur pour sa mère de voir l’homme qu’elle aimait dans cet état. Jim se mourait du cancer… en fait, il n’était pas évident qu’il passerait la nuit. Cet homme allait vraiment manquer à Anna. Et à son fils aussi.

À présent, Carl revenait de l’hôpital vers l’appartement : il baissa le pare-soleil pour se protéger les yeux des rayons du couchant, et jeta un coup d’œil à sa montre. Six heures et quelques minutes. Cette fois, elle serait dehors à les attendre, supposa-t-il. En mettant son clignotant pour tourner dans l’avenue Quartz, l’artère principale du complexe d’Auburn Greens, il remarqua une paire de gamines qui faisaient du stop un peu plus loin sur l’autoroute, et grommela : « Pas croyable! Deux filles aussi jeunes, qui font du stop! Ou elles sont stupides, ou c’est de vraies dures. » Geri acquiesça, heureuse qu’ils n’eussent pas de filles de cet âge, pour se faire du mauvais sang.

Carl arrêta la voiture devant le logement de sa mère, mais la porte était toujours fermée, et Anna ne les attendait pas dehors. Il trouva cela étrange.

Geri grimpa les marches de béton qui menaient chez sa belle-mère. Les pelouses étaient vertes et fraîchement tondues, et le grand prunier en fleurs était chargé de feuilles [4]. La façade du quadruplex, couvert de bardeaux [5], était élégamment décorée de briques rouges, et des arbustes taillés bas [6] bordaient le sentier qui menait aux deux unités latérales. En marquant un temps d’arrêt Geri s’amusa un instant du panneau bien net, sous le numéro d’appartement : « Pas de Démarcheurs », en caractères rouge-et-or gras sur fond noir. Elle frappa, puis, machinalement, porta la main à la poignée.

Carl suivit sa femme dans l’escalier, soufflant un peu du fait de l’effort, et de son inquiétude croissante, qui ne fit que s’intensifier quand Geri tourna vers lui un regard perplexe, et lui dit que la porte était fermée. Fermée? Fermée? Ça n’a pas de sens. Elle ne laisse pas la porte fermée quand elle sait qu’on vient. C’est une des petites habitudes dont elle ne se départ jamais. Les rideaux de la fenêtre du living, à gauche de la porte, étaient entr’ouverts : ne sachant que faire d’autre, Carl foula l’étroite plate-bande qui longeait la façade, juste sous la fenêtre, pour pouvoir jeter un coup d’œil à l’intérieur.

Sa mère de quatre-vingt-cinq ans gisait sur le ventre sur le sol du living, la tête de côté, d’où dépassait une tache bleu clair : un sweater? Elle portait un pantalon de polyester blanc, et une tunique gaie, à fleurs bleues et blanches, les manches à demi remontées. Une de ses chaussures blanches, qui ressemblaient à des pantoufles [7], avait à moitié quitté le pied.

Pour Carl Brackett, ce fut l’affaire de quelques secondes de réaliser ce qu’il avait sous les yeux : il cria à sa femme qu’ils avaient besoin d’une ambulance. Ils coururent jusqu’à l’appartement n°3, et frappèrent frénétiquement.

« Faut que j’appelle une ambulance! » hurla Carl à l’adresse de la femme qui, tout effarouchée, se montrait à la porte. « Ou le sheriff! Y a quelque chose qui ne va pas chez ma mère! S’IL VOUS PLAÎT! »

La voisine ouvrit la porte grillagée, et laissa cet homme affolé se servir du téléphone. Il aboya quelques mots brusques, raccrocha brutalement, et se précipita dehors sans dire une parole de plus à la voisine de plus en plus terrifiée.

De retour à l’appartement de sa mère, Carl s’évertua à ouvrir la porte, oubliant un moment qu’à moins de l’enfoncer, il ne pouvait entrer de la sorte. Puis, de nouveau se frayant un passage à travers les plantations qui bordaient l’allée, il se dirigea, cette fois, vers la fenêtre, plus petite, qui se trouvait à droite du seuil. Focalisé sur la nécessité d’entrer, pour voir sa mère et l’aider s’il le pouvait, il brisa la vitre de la salle à manger et grimpa à l’intérieur.

Les éclats de verre craquèrent sous ses pas comme de la glace, et il atteignit l’endroit où gisait Anna. Elle avait le visage à ce point couvert de sang que Carl pouvait à peine la reconnaître, étendue qu’elle était dans une mare rouge qui avait déjà imbibé le tapis. Un minuscule filet séchait au coin de la bouche, fermée en une grimace de souffrance. Le sang avait commencé à filtrer à travers la perruque Eva Gabor blonde-platinée qui, légèrement de guingois sur sa tête, laissait passer de chétives mèches grises. Ses mains tavelées – l’une encore serrée devant elle comme pour défier ses agresseurs – étaient maculées d’écarlate.

Où que Carl portât l’œil, il y avait du sang. Il n’était pas facile de voir d’où tout ce sang pouvait venir, mais quelque chose s’était planté dans le cou d’Anna une demi-douzaine de fois, et son large dos n’était plus qu’un enchevêtrement de plaies [8]. Certaines des entailles, déchiquetées et profondes de plusieurs centimètres, coulaient encore sur sa tunique naguère égayée de fleurs.

La Timex en or, à son poignet gauche, marchait encore; si Carl avait regardé d’assez près, il aurait distingué un long cheveu brun, pris dans le bracelet. Trois autres cheveux lui échappèrent, serrés dans la main droite.

En levant les yeux du corps martyrisé de sa mère, il remarqua un sac à main blanc renversé, dont le contenu s’étalait sur le grand fauteuil rembourré, le long du mur de la salle à manger. Soudain, son regard capta un objet brillant, sur le sol, près de la chaise longue Naugahyde. C’était un couteau à éplucher ensanglanté, la lame tordue à 90°. La pièce commença à vaciller. À droite du corps sans vie se trouvait un rang de fausses dents, grimaçant [9] sur le tapis rouille.

Carl Brackett était debout, hébété, les yeux fixés sur le cadavre mutilé de sa mère, quand on frappa lourdement à la porte. Une voix d’homme résonna. « Ouvrez, s’il vous plaît! C’est l’ambulance! » Il se traîna jusqu’à la porte et fit entrer les deux ambulanciers, qui saisirent vite la scène, et se précipitèrent vers le corps. Au dos de leur blouse se lisait la raison sociale de la compagnie : ETS,Emergency Transportation Services. Leur Q.G. était situé à moins d’un kilomètre de l’ensemble d’Auburn Greens, dans le centre même où étaient situés les bureaux du sheriff. Une autre sirène hurlante annonça l’arrivée de l’Équipe de Secours des pompiers de Rock Creek devant la résidence.

L’infirmier qui avait appelé à la porte chercha le pouls, pendant que son partenaire découpait adroitement la blouse d’Anna pour fixer le moniteur cardiaque. Avec tout ce sang, il savait que la femme avait été agressée d’une manière ou d’une autre, mais quand il vit son dos il réalisa qu’elle avait été poignardée – et pas qu’une fois. C’était une vraie boucherie. Le premier intervenant alla appeler, de l’ambulance, le bureau du sheriff; à présent l’équipe de secours avait pénétré dans l’appartement, pour voir si elle pouvait apporter de l’aide. On commençait à se sentir à l’étroit dans le minuscule living-room, chacun s’efforçant de se tenir à l’écart des murs et du mobilier, de manière à ne toucher ni ne déranger rien. Il était clair pour tous ces hommes qu’il s’agissait d’une scène de crime, et non simplement de l’appartement d’une vieille dame qui aurait eu une attaque.

En peu de secondes, le moniteur bourdonna, mais l’écran resta vide. ECG plat. L’infirmier regarda Carl en secouant la tête avec compassion.

« Je suis désolé, Monsieur. J’ai peur qu’elle ne soit morte. » Le jeune homme regarda sa montre et nota pour son rapport qu’il était 18h15, le 14 juin 1983.

Carl savait qu’elle était morte, bien sûr, mais d’entendre les mots rendait en quelque façon le fait plus réel.

Une nouvelle sirène déchira l’air de ce soir d’été. Déjà une foule s’était assemblée de l’autre côté de la rue, et les voisins, à leurs fenêtres, regardaient avec curiosité. Une voiture du bureau du sheriff, gyrophare clignotant follement, s’arrêta en bas; en bondit le sergent Bruce Johnson, qui commença à grimper les marches, deux par deux.

Il se présenta au membre le plus proche de l’équipe de secours, lequel lui dit qu’apparemment la femme, à l’intérieur, avait été poignardée à mort. Le sergent franchit le seuil et engloba la scène d’un œil exercé. En s’approchant du corps, il s’assura qu’en effet, elle était morte. Il était temps d’amener l’artillerie lourde.

Après avoir fermé à demi la porte avec un mouchoir, Johnson dévala les marches jusqu’à la voiture, et, par téléphone, confirma brièvement le meurtre à la Division des Homicides, au sheriff Donald Nunes et au bureau du coroner.

Dans les deux minutes, un nouveau hurlement de sirène annonça l’arrivée de l’inspecteur [10] des Homicides George Coelho. Le spectacle du meurtre n’était pas inconnu à Coellho, après dix-huit ans de travail dans la police. Il avait effectué douze ans en Californie du sud – à Newport Beach, un terrain de jeux branché pour les riches, sur le front de mer, loin d’être immunisé contre le crime violent – et une bonne partie de ce laps, il l’avait passée à la Division des Enquêtes, puis, plus tard, dans une équipe spécialisée dans la répression du crime. Il y avait à présent quatre ans qu’il avait transporté sa famille dans le Comté de Placer, pour en finir avec le style de vie trépidant, l’agitation de rat pris au piège de la Californie du sud, et trouver un meilleur endroit pour élever ses quatre enfants. Dans l’intervalle, les quatre étaient devenus cinq, et il y en aurait probablement un sixième avant la fin. En bon Italien catholique, George croyait fermement aux vertus de la famille – et plus elle s’élargissait, mieux c’était.

Après avoir recueilli quelques renseignements sommaires de la bouche du Sergent Johnson, l’Adjoint poussa la porte de l’appartement d’Anna, et les deux officiers y pénétrèrent, les sens de Coelho étant aux aguets d’autres victimes éventuelles, ainsi que de quiconque se serait trouvé là et n’aurait rien eu à y faire. il ne pensait pas vraiment que l’auteur pût être encore sur les lieux, mais il y avait toujours une chance qu’il eût été interrompu par l’arrivée du fils de la victime, et se fût caché dans un placard ou sous un lit. (Cet “il” venait tout naturellement à George : un crime de ce genre était presque toujours d’œuvre d’un homme, et l’officier n’avait pas de raison de penser que ce meurtre fût en quelque manière différent des autres). L’instinct lui soufflait le cambriolage comme mobile probable : tiroirs fouillés dans la chambre et la cuisine, contenu du sac de la morte renversé sur un fauteuil, indices d’une résistance – tout collait. Cela n’aurait peut-être pas collé aussi bien si l’inspecteur avait réalisé sur le moment qu’Anna avait été poignardée dans les vingt-huit fois, mais avant l’autopsie du coroner, personne n’aurait une idée précise du nombre des plaies.

De nouveau dehors, Coelho commença à interroger avec douceur Carl Brackett, toujours hébété, et sa femme Geri. Il saisissait bien que c’était un moment effroyable pour essayer de parler à un homme accablé de chagrin, mais il avait désespérément besoin d’un supplément d’information, que seul Carl Brackett pouvait fournir. D’après l’aspect du corps, peu de temps s’était écoulé depuis le meurtre, et chaque minute qui passait était une minute de plus d’avance que le tueur prenait sur eux.

Lentement, Coelho arracha l’histoire à Brackett : comme quoi il avait appelé sa mère vers cinq heures et demie l’après-midi, pour dire que Geri et lui allaient passer; à leur première arrivée, la porte étant fermée, ils avaient supposé qu’Anna n’était pas encore tout à fait prête, et ils avaient poussé jusqu’à l’hôpital, à six-cents mètres de là, pour voir comment se portait l’ami de leur mère, Jim Wedgeworth; puis ils étaient revenus à l’appartement, commençant à se sentir inquiets de ne pas la voir les attendre à l’extérieur; Carl avait alors regardé par la fenêtre de devant, avait vu sa mère étendue là, couverte de sang; s’était rué jusqu’à la porte la plus proche pour appeler une ambulance; et puis était revenu, et avait brisé la vitre pour entrer, la porte étant verrouillée.

Vers la fin de cet entretien, une femme aborda l’inspecteur, se présentant comme la voisine la plus proche d’Anna. Après avoir présenté ses condoléances à M. Brackett, elle dit à Coelho que vers six heures elle avait entendu une courte série de coups lourds, en provenance du logement de la victime. « Avez-vous entendu autre chose? demanda Coelho : des cris? des gémissements? – Non, répondit la femme : seulement des coups. »

Comme il se dirigeait vers l’immeuble qui s’élevait juste en face, de l’autre côté de l’avenue Galena, Coelho fut arrêté à mi-chemin par deux de ses habitants, Pete et Mabel Fredricks, qui étaient sortis à l’arrivée des premiers policiers. Mme Fredricks, tout affolée, ne savait que répéter combien affreuse était toute l’histoire, qu’elle n’arrivait pas à croire qu’une chose pareille soit arrivée, et que ç’aurait pu tout aussi bien être à elle. Chaque fois que la vieille dame reprenait ce propos ou quelque autre du genre, ses mains recommençaient à trembler, et son teint, déjà blafard, devenait cendreux. Coelho craignait qu’elle ne tombât dans les pommes avant d’avoir commencé à conter son histoire.

« Oh, Seigneur », soupira-t-elle profondément, secouant la tête et essuyant une larme sous ses verres épais. Elle envoya un regard à son époux, qui lui entoura l’épaule d’un bras protecteur et stimulant. « Eh bien, il était à peu près six heures quand ça à sonné à ma porte; je suis allée voir qui c’était, et c’étaient deux adolescentes. Je leur ai demandé ce qu’elles voulaient, et l’une d’elles m’a répondu qu’elles avaient grand besoin de se servir de mon téléphone, parce qu’un homme les avait poursuivies, là, dans les Greens. Elles voulaient appeler la mère de cette fille.

Donc je les ai fait entrer, et alors l’autre fille m’a demandé si elle pouvait avoir un verre d’eau. Après avoir fini, la première a raccroché – elle m’a dit vaguement qu’elle n’arrivait à obtenir personne – et alors mon mari est entré dans la pièce. Elles m’ont remerciée, et je les ai accompagnées dehors pour voir qui pouvait bien les suivre – mais il n’y avait personne.

– Excusez-moi, Mme Fredricks, l’interrompit Coelho. Pourriez-vous, votre mari ou vous-même, me décrire ces filles? » Sa pensée courait déjà : il se souvenait d’avoir vu deux verres d’eau à moitié pleins dans l’appartement de Mme Brackett, et quelque chose, dans le téléphone de la cuisine, lui avait accroché l’œil : il n’y avait pas de récepteur. Le récepteur manquait. Mais quant à ce qu’il s’agît de filles, ça n’avait pas de sens. Qui sait? Peut-être servaient-elles d’appât, d’hameçon? et quand la victime les avait laissées entrer, leurs complices masculins étaient venus finir le boulot?

M. et Mme Fredricks parlaient tous deux en même temps, livrant leurs impressions sur l’apparence des filles.

« Eh bien, la première avait dans les dix-huit-dix-neuf ans…

– Non, non, coupa Mabel. Elle avait l’air plus vieille, mais je suis sûre qu’elle n’avait pas plus de seize ou dix-sept ans. L’autre avait à peu près le même âge…

– Un peu plus jeune, je pense.

– Oui, peut-être. En tout cas, la première avait de longs cheveux bruns, jusqu’à l’épaule…

– Non, Mabel, c’était l’autre. Celle qui s’est servie du téléphone avait les cheveux plus courts.

– Mmmm… oui, je pense que tu as raison. Ce que je sais, c’est qu’elle portait un vieux jean délavé, et une espèce de haut de couleur foncée qui se nouait derrière le cou. Et elle était pieds nus. Ça, j’en suis sûre.

– Ouaip. L’autre était un peu plus petite…

– Elles m’ont semblé à peu près de la même taille…

– Eh bien, de taille semblable, en tout cas, risqua M. Fredricks. Elle avait un bandeau violet sur…

– Lavande. C’était plus clair que du violet.

– D’accord. Et elle portait une veste rose, en tissu brillant, comme…

– Du satin.

– Du satin, avec une inscription en blanc sur le dos. Je n’ai pas bien vu les mots.

– Moi non plus.

– J’ai aussi remarqué, ajouta M. Fredricks avec un haussement d’épaules gêné, qu’elles étaient pas mal, euh, enfin, elles avaient l’air pas mal développées pour leur âge, si vous voyez ce que je veux dire. »

L’inspecteur Coelho avait griffonné sans interruption sur son carnet. « D’accord, les amis [11], super! Vous avez vu autre chose? ou entendu?

– Tout à fait », dit la femme, en lissant distraitement ses cheveux gris. « Dis-le à l’inspecteur, Pete. 

– Eh bien, ça devait être une demi-heure ou une heure plus tard, je ne me souviens pas exactement. J’étais à table, pour le dîner, et quelque chose, à la fenêtre de devant, m’a accroché l’œil » – il désigna le living-room de leur appartement du second, qui avait une vue dégagée, de l’autre côté de la rue, sur celui d’Anna – « et j’ai regardé dehors. C’était encore ces deux filles, et elles couraient comme s’il y avait quelque chose – ou quelqu’un – à leurs trousses. Elles ont couru le long de l’appartement de Mme Brackett, et elles se sont engouffrées dans le garage par la porte de côté. Je ne les en ai pas vues ressortir. Bien sûr, si elles étaient sorties par la porte principale, je n’aurais pas pu les voir. »

L’inspecteur prit note des nom et adresse du couple, et leur dit qu’un autre membre du Département viendrait éventuellement les interroger plus tard. Puis il poursuivit son chemin jusqu’au quadruplex qu’habitaient les Fredricks, et frappa à la porte d’un des appartements du bas. Une femme d’âge moyen, en short, ouvrit sa porte, et dit à Coelho qu’elle aussi avait vu les deux filles, l’après-midi, au moment où elles passaient sous ses fenêtres, en direction de l’allée Garnet. Elles les avait d’ailleurs vues plus tôt dans la journée, précisa-t-elle, devant la piscine n°1 des Greens. Dans sa description des deux filles, elle mentionna que l’une d’entre elles portait une veste de satin rose, et une inscription blanche dans le dos : quelque chose comme “Rockettes” ou “Rock and Roll”, elle n’était pas sûre.

Avant que Coelho ait pu passer outre, il fut abordé par une jeune femme qui habitait l’immeuble contigu, sur l’allée Garnet.  Sa mère, déclara-t-elle, lui avait raconté que les deux filles étaient venues chez elles [12] se servir du téléphone avant cinq heures de l’après-midi : l’une d’elles portait un haut de bain foncé dos-nu, et l’autre une veste de satin rose fluo. Puis qu’elle les avait revues qui traversaient l’allée en courant vers le sud, vers six heures.

Coelho revint sur ses pas jusqu’à l’appartement Brackett, et le trouva grouillant d’envoyés du Département, à commencer par l’officier en charge, le sergent-chef Raymond Mahlberg. Mahlberg, un homme de haute taille, d’aspect scandinave, avec ses yeux bleus-gris et ses cheveux blonds clairsemés, qui s’étaient probablement un peu ternis [13] avec les années, était en train d’examiner attentivement l’appartement de la victime. Il leva la tête à l’arrivée de Coelho, mais sans sourire. Ray Mahlberg ne souriait guère, point barre. Il n’avait été affecté que depuis peu à la Division des Crimes contre les Personnes, de sorte que c’était le premier homicide qu’on lui confiait – et, du fait qu’aucun de ses deux partenaires plus anciens dans la division ne se trouvait en ville, il était bien forcé de se débrouiller de l’affaire tout seul. Ce qui aurait suffi à rendre le flic le plus jovial et le plus sûr de lui un tantinet nerveux et boutonné.

Mais Ray Mahlberg était un policier expérimenté et assez intelligent pour appeler à l’aide quand il en avait besoin : c’était précisément ce qu’il avait fait. Outre tous les pros du Département qui ratissaient le voisinage en quête d’indices et de pistes, il avait fait appel à deux criminalistes [14] du Département d’État de la justice pour relever les empreintes latentes et rassembler tous les indices qu’on pouvait trouver. Il n’avait garde de voir l’affaire lui péter dans la main pour un détail qu’il aurait oublié du fait de son inexpérience.

« Appris quelque chose, George?

– Eh bien, Sergent, j’ai repéré un couple de témoins possibles qui ont vu deux filles courir en provenance de l’appartement de la victime aux environs de dix-huit heures, plus un autre témoin qui dit que ces mêmes filles sont venues chez elle demander un verre d’eau, et encore un couple, qui les a laissées entrer vers dix-sept heures pour un verre d’eau et le téléphone. Ça ressemble fort à une piste sérieuse. »

Mahlberg hocha silencieusement la tête, puis dit à Coelho de retourner chez les Fredrick et d’y obtenir le verre à eau et le combiné téléphonique, comme pièces à conviction. Lui aussi voyait un rapport, mais, pas plus que l’inspecteur, il n’avait commencé à penser que ces deux mystérieuses adolescentes étaient les auteursde l’acte. Penser que des filles pouvaient être impliquées dans un crime comme celui-là outrepassait à ce point les frontières de la normalité que personne ne s’aventurait à remettre en cause ce présupposé : qu’au pis elles étaient des témoins visuels.

Coelho ne tarda pas à revenir les mains vides.

« Vous ne me croirez pas », lança-t-il malgré lui, « elle dit que les filles avaient l’air si sales, et la mettaient si mal à l’aise qu’après leur départ, elle a immédiatement lavé le verre, et nettoyé le téléphone à l’alcool! »

Mahlberg ne saisit pas l’humour sur le moment – mais plus tard la méticulosité de Mme Fredricks devait le faire glousser un tantinet.

Vers sept heures vingt, ce même après-midi, le technicien-photo du département, Bonnie Norman, arriva sur la scène du crime. Quelques minutes plus tard, un des policiers signala à Mahlberg qu’il avait découvert une Dodge Dart à deux portes, de 1970, dans le garage Brackett, et que des empreintes de pied étaient visibles sur le capot. Selon le Département des Véhicules à Moteur, la voiture était immatriculée comme appartenant à un certain James Wedgeworth, déclaré habitant à cette adresse. Mahlberg chargea l’inspecteur de surveiller le véhicule, jusqu’à l’intervention du Département de Justice Criminelle, et de s’assurer que personne n’y pénétrât. Déjà arrivaient d’autres rapports : des témoins avaient vu les filles, ou reçu leur visite, leur demande d’eau et de téléphone. Le M.O. [15] collait, les descriptions collaient – la seule chose qui ne collait pas, c’était leur sexe.

Le sheriff Nunes fit une communication spéciale à la presse touchant le meurtre et la recherche de deux filles en relation avec lui. La radio locale KAHI-AM diffusa le bulletin immédiatement, et le reproduisit à plusieurs reprises en début de soirée, jusqu’à l’arrêt obligatoire de ses émissions.

Peu avant neuf heures cette nuit-là, Nunes reçut un coup de téléphone d’une jeune fille qui se contenta pour toute identification du prénom Donna. Elle avait entendu parler du meurtre, dit-elle, et avait un renseignement à fournir au sujet de deux filles qu’elle avait vues le jour même aux Greens. Après quelques minutes de cajoleries, Nunes finit par la convaincre de venir à son bureau pour un entretien, en compagnie de sa mère.

Il était presque dix heures et demie quand elles arrivèrent, amenant avec elles un ami de Donna qui avait vu lui aussi les éventuelles suspectes.

« Hum, eh bien, nous passions en voiture devant la piscine numéro un, avec la tante de mon copain, quand j’ai vu tout un tas de gamins et de gens, à traîner, à nager, et tout ça. J’ai regardé et j’ai aperçu une fille qui allait à Cain…

– Cain?, interrompit le sheriff. Tu veux dire l’école E. V. Cain?

– Ouais. En tout cas, j’ai vu cette fille, et je me suis souvenu de l’avoir rencontrée de temps en temps l’été dernier, et qu’elle s’appelait Cindy Collier. Elle était étendue à côté d’une autre fille que j’avais jamais vue, et l’autre fille portait cette veste rose, façon soie. »

Le sheriff demanda à Donna de lui décrire Cindy Collier, ce qu’elle fit. Puis son ami prit la parole.

« Cette nuit, euh, vers huit heures, par là, une amie de ma mère se pointe en courant à la maison, tambourine à la porte, en braillant qu’on lui ouvre, parce qu’elle a quelque chose d’important à nous dire. Bon, elle entre. “La vieille dame, là, plus haut sur le Quartz, elle s’est fait assassiner, et ils recherchent deux adolescentes, parce que des gens les ont vues descendre l’allée en courant après le meurtre.” Ben ça m’a rappelé ce qu’on avait vu Donna et moi, et ça l’a rappelé à Donna aussi. “Tu te souviens des deux filles qu’on a vues du balcon, chez toi, cet après-midi? Je parierais que c’est les mêmes.”

– D’accord. Maintenant dites-moi ce que vous avez vu de ce balcon. »

Donna reprit la parole : « On a vu [16] Cindy et l’autre fille, qui marchaient vraiment vite dans l’allée Garnet; vous savez, en direction de l’autoroute. Elles regardaient autour d’elles, derrière, partout, comme si elles avaient peur d’être suivies ou je sais pas quoi. Elles avaient l’air vraiment méfiantes.

– Donna, es-tu absolument certaine que ce soit la même fille que tu avais vue plus tôt à la piscine?

– Absolument.

– Et certaine que c’est la Cindy Collier que tu as rencontrée l’an dernier?

– Ouais. C’était elle.

– Tu peux me dire autre chose à son sujet?

– Hummm… Ben, je sais qu’elle va à Placer, maintenant.

– Au lycée de Placer? C’était la seule école secondaire d’Auburn, à part l’école de perfectionnement, au nord de la ville.

– Hon hon. Elle a un frère, aussi. Il a dans les dix ans. Peut-être douze, je sais pas. Ah ouais! Cindy habitait ici, aux Greens, il y a peut-être un an, par là.

– Tu la reconnaîtrais si tu la revoyais?

– Oh, sûr. N’importe quand. C’est quelqu’un qu’on n’oublie pas. »

 

Déjà, les deux criminalistes [17] d’État étaient sur les lieux, rassemblant les preuves et relevant les empreintes. La Dodge avait été saisie et remorquée jusqu’à un atelier de carrosserie de la rue du Nevada, où elle serait examinée le matin suivant. L’identification d’une des deux filles à Cindy Collier avait filtré jusqu’aux subordonnés du sheriff qui grouillaient autour de l’appartement Brackett, et qui se déployèrent pour solliciter de nouveau le voisinage, sur la base de cette nouvelle description.

L’adjoint Gerald Thompson avait écouté toute la nuit, sur la radio de son véhicule, les appels qui parvenaient au sujet du meurtre. Dès que fut diffusé le communiqué touchant l’implication possible de deux sujets féminins jeunes, l’adjoint décida de se diriger sur Auburn Greens. Pendant quelque temps, Thompson avait été affecté à l’Unité Spéciale d’Investigation des Agences pour l’Application des Lois de Placer, qui rassemblait, en provenance de tout le comté, le personnel d’application des lois chargé d’enquêter sur les activités illégales en rapport avec la drogue. Naturellement, il était entré en contact avec bon nombre d’adolescents pendant qu’il accomplissait sa tâche, et il présuma qu’il pourrait apporter des renseignements utiles aux enquêteurs.

Quand Thompson arriva à l’appartement Brackett, le sergent Mahlberg lui révéla que Cindy Collier avait été formellement identifiée. C’était un nom que Jerry Thompson connaissait bien. Plus de fois qu’il n’en pouvait compter, il avait dû se rendre chez cette fille, à Auburn Greens, en vue d’enquêtes liées à la drogue ou touchant la liberté surveillée de divers membres de la maisonnée. Il se souvint aussi que Cindy était actuellement en liberté surveillée elle-même, ce qui comportait une fouille-et-saisie sans formalités : chaque fois qu’elles suspectaient la fille ou quoi que ce soit, les autorités avaient le droit de fouiller sa maison, ses biens personnels, et de saisir tout indice qu’elles trouveraient. Aucun mandat de perquisition n’était requis quand quelqu’un était sous le coup d’une Fouille-et-Saisie.

Parle à George, commanda Mahlberg. Quand Thompson mentionna le nom de Cindy, Coelho dressa l’oreille. Il la connaissait, lui aussi. Il lui avait dressé procès-verbal deux fois, et, au cours des deux ans écoulés, s’était occupé de quelques affaires dans lesquelles le nom de Cindy avec été prononcé au sujet de cambriolages à Auburn Greens.

Il était alors onze heures à peu près, et Coelho, qui avait déjà fait une fois et demie son temps de travail journalier [18], mourait de besoin d’une tasse de café, de sorte que Thompson et lui se dirigèrent vers le siège départemental et eurent une conversation sérieuse touchant Cindy. Une demi-heure plus tard, ils avaient passé le relais au sheriff Nunes. Les trois hommes tombèrent d’accord : il fallait que Coelho contacte le Département Liberté Surveillée du comté, et parle avec le superviseur Tom Hoffman du statut et des termes exacts de la mise à l’épreuve de Cindy. Oui, confirma Hoffman après une recherche de minuit dans les dossiers, Cindy était de fait en liberté surveillée et sous Fouille-et-Saisie. Il donna aux policiers l’autorisation de perquisitionner la demeure de Cindy, dans les faubourgs d’Auburn.

Pendant ce temps, le bureau du coroner avait fait enlever le corps de Mme Brackett, transporté au Faith Community Hospital pour un passage aux rayons X. De là, il serait emporté à la morgue pour y subir, tôt le matin, une autopsie. Le sergent Johnson, le premier policier qui fût arrivé sur les lieux, fut parmi les derniers à les quitter, à une heure et demie du matin. Après avoir cloué une feuille de contreplaqué sur la fenêtre cassée, et s’être assuré que la porte était solidement fermée, Johnson apposa soigneusement les sceaux du coroner sur le montant.

 

Ray Mahlberg, George Coelho, Jerry Thompson, le sheriff Don Nunes et Steve Cash, de la police d’Auburn, étaient assis dans la salle de conférence du bureau du sheriff. Il était presque deux heures du matin, et chacun d’eux tenait à la main une tasse de café fumant.

Lorsque Thomson et lui eurent mis le groupe au courant de leur conversation avec Tom Hoffman, Coelho conclut que Cindy était en liberté surveillée, sous Fouille-et-Saisie, et qu’ils avaient donc le droit d’aller de l’avant. Il ajouta que Cindy avait noué une amitié avec une fille de la région de Fresno lors de son dernier séjour à la Maison des Jeunes [19], et qu’elle pourrait s’être enfuie là-bas. Fresno est une ville agricole de taille moyenne, située dans la vallée centrale de San Joaquin, à quelque 280 kilomètres de Sacramento, par l’autoroute 99.

Steve Cash prit la parole : « Euh, les gars, vous devriez être conscient du fait que vous avez parmi vous un membre des Forces de Police d’Auburn qui connaît pas mal Cindy Collier. Il connaît sa résidence actuelle – et il est de service cette nuit! »

Le sheriff Nunes se leva, signifiant ainsi que la conférence était terminée. Il dit à ses hommes de se rendre à la maison Collier avec Steve Cash. Pendant ce temps, lui-même demanderait au chef de la police d’Auburn de mobiliser quelques policiers supplémentaires pour aider à la surveillance et à la perquisition. Étant l’officier le plus gradé, Ray Mahlberg fut chargé de la direction de l’opération.

À huit heures du départ, l’adrénaline recommençait à affluer.

 

Il régnait un silence de mort dans le quartier du petit ravin [20]. La seule lumière visible provenait d’un porche où on l’avait laissée allumée pour la nuit. La brise du soir, qui faisait office de climatiseur, même aux jours de canicule où les températures dépassaient les 38 degrés, agitait vivement les pins et les chênes énormes dont s’ornait le versant.

George Coelho sentit un frisson involontaire lui monter le long de l’échine et titiller le bas de son cou robuste. Il pouvait faire sacrément frisquet dans ces ravins à deux heures et demie du matin, même au début de l’été. L’adjoint Thompson et lui s’étaient postés du côté est de la maison, à côté de la fenêtre de l’entresol [21], en compagnie des policiers d’Auburn Steve Cash et John Strahan. Le sergent Mahlberg et le sergent Richard Nelson, de la police d’Auburn, à travers un enchevêtrement de mauvaises herbes et de vigne sauvage, se frayaient un chemin jusqu’à la porte d’entrée délabrée.

Tout en attendant que Mahlberg fît signe d’entrer dans la maison, Coelho alluma sa lampe et la braqua à la fenêtre. Le tableau qu’il aperçut le frappa de stupéfaction.

Les deux filles étaient profondément endormies sur deux lits superposés, Cindy sur la couchette supérieure, et Shirley en dessous. Avec leurs cheveux ébouriffés et leurs couvertures remontées jusqu’au menton, les adolescentes ressemblaient à des gosses dans un tableau de Norman Rockwell. Bon, pensa Coellho, sûr qu’on s’est fourré dans une impasse. Pas moyen que ces deux mômes, qui dorment là comme deux agneaux innocents, puissent être impliquées dans quelque chose d’aussi brutal que ce meurtre.Il continuait de regarder les deux filles endormies. Ça ne va tout simplement pas coller du tout. Dès à présent, tout ce qu’on va faire, c’est par simple routine. Et tout ce qu’on va gagner, c’est deux gamines et au moins un parent fous furieux d’avoir été sortis du lit à deux heures du matin par une bande de flics, pour rien.

Le premier son qu’il entendit alors fut celui de la porte d’entrée qui s’ouvrait, et la voix assourdie de Ray Mahlberg, qui parlait à quelqu’un, à l’intérieur. Il y eut alors un cri de surprise [22] et une voix de femme s’exclama : « Oh, mon Dieu! »

À brève échéance, George Coelho allait s’apercevoir que la soirée, après tout, n’avait pas été inutile.

 

[1] The sun was setting : en fait, il se couchait. Mais les deux fillettes du premier chapitre ont entendu les ambulances à 18h30 environ. Si le soleil se couche à six heures en juin, dans l’hémisphère nord, à la latitude de Madrid ou de Valence, eh bien, je crains qu’il n’ait à se lever vers deux ou trois heures du mat’, ce qui fait tôt. Le timing est un peu bizarre, dans cette affaire.

 

[2] convalescent hospital : or le mec va mourir incessamment! Les spécificités de la médecine américaine m’échappent.

 

[3] Je commence à en avoir assez de mes pâtés de maisons, qu’à moins de ridicule aggravé il est impossible d’abréger en pâtés tout court!

 

[4] in full leaf : en pleine feuillaison? Au max de ses feuilles? Rien ne m’agace comme de me faire des nœuds au cerveau pour rendre l’insignifiant.

 

[5] ???? shake-roofed fourplex.

 

[6] ???? low-slung shrubs. Je peine!

 

[7] slipperlike : je renonce à compter les adjectifs en -like. Qu’est-ce que c’est pratique! Nous qui empruntons tant à l’anglais, il me semble qu’il y aurait là un article bien utile à mettre dans son caddy. On dispose certes d’-oïde ou -oïdal, mais la connotation rigolote de pantoufloïdal ne serait guère de mise ici.

 

[8] a mangled mass of stab wounds, texto une masse mutilée de plaies dues au poignard, ou plutôt résultant de l’action de poignarder. Même en laissant tomber le stab, qui va de soi pour qui connaît l’histoire (mais pas pour Carl, par les yeux duquel on est censé découvrir ce spectacle), franchement, c’est pas de la tarte à l’oignon! Qu’il s’agisse d’un amas déchiré de plaies, ou d’une sorte de rassemblement (mass ayant le sens de foule), mangled me paraît redondant, et tout spécialement ennuyeux à traduire, “de” introduisant plutôt le complément de l’adjectif verbal, plus proche, que celui du nom.

Ajoutons que tout cela n’est rien moins qu’impressionniste : ce quesait l’auteur s’insinue constamment dans la vision.

 

[9] a partial set of false teeth, grinning insanely… “animant la carpette rouille d’un sourire de dément”… Bon, freinons l’ironie, je n’en suis pas à découvrir que ce texte, littérairement, ne vaut pas tripette. La quête de l’effet est d’un ridicule achevé quand elle n’est pas précédée par une sensation. Anna, voir plus haut, a perdu des dents d’un seul maxillaire, et jamais un maxillaire seul n’a souri ou grimacé. La vision est purement intellectuelle.

 

[10] Deputy : Adjoint ou délégué. Mais bon…

 

[11] OK, folks : pour deux vieilles gens qu’on ne fait que rencontrer… Un peu familier, non?

 

[12] the two girls came to their house : je ne fais que reproduire.

 

[13] darkened; mais je ne vois pas pourquoi ils auraient foncé!

 

[14] Impropre en français, vu qu’il ne s’agit pas ici de juristes, mais, à l’évidence, de policiers spécialisés dans les scènes de crimes.

 

[15] modus operandi, bien sûr.

 

[16] Autant de vu que de saw. Les répétions ne semblent pas gêner l’auteur (ni les personnages), et, après tout… n’est-ce pas un souci bien futile?

 

[17] Voir note antépénultième… en attendant le mot technique. Peut-être criminologistes?

 

[18] already halfway into his second shift of the day : je vois bien le sens de shift, ici, mais impossible de trouver un équivalent français, d’où cette périphrase atroce et insuffisante.

 

[19]  Juvenile Hall : désigne ici leur prison. Peut-être devrais-je me dispenser de traduire.

 

[20] Affreux. Mais, si je ne m’abuse, the little canyon neighbourhood ne peut se traduire par le “voisinage du ravin”?  Il s’agit bien du voisinage dans le ravin?

 

[21] basement : le dico dit sous-sol, mais ne précise pas sur quoi donnerait la fenêtre d’un sous-sol!

 

[22] a gasp : il me semble que techniquement ce mot désigne ici un son produit par les cordes vocales lors d’une reprise de souffle, et non d’une expiration. Je présume que les linguistes disposent d’un mot pour désigner ce type de son en français, mais je ne le connais pas, et de toute façon il serait déplacé ici.

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